De transformation en transformation, les forces accumulées permettent d’approcher l’instant de l’éveil d’une conscience qui ne se cherche plus à l’extérieur et ne se laisse plus guider par les réactions habituelles liées à l’émotion et au désir.

Mais les habitudes ne se combattent pas en un seul instant. Elles sont profondément enracinées et il n’est pas productif de chercher à les éliminer de force. Cela ne servirait qu’à les mettre en lumière et elles se nourriraient ainsi de la force de la lutte. Or s’il convient de se montrer résolu, il faut aussi que l’action n’alimente pas la force d’attraction de ce qu’il devient possible de quitter.


A cet effet, on conseil d’emprunter la voie médiane, entre force et souplesse, qui ne fait pas usage de la violence, est sans raideur et sans entêtement. Toute en centrage, prudence et retenue, elle se manifeste en une force harmonieuse et tire ses pensées, ses paroles et ses actes d’un examen continu de soi qui les fonde dans la durée et non dans l’emportement et la velléité.

Renonçant à toute contrainte tant interne qu’externe, la voie médiane est celle de l’attente du moment juste, où la vacuité des phénomènes apparaît, laissant la conscience mondaine en suspens, afin d’agir de façon claire et à propos, avec le tranchant d’un diamant.

La transformation s’opère à travers les règles suivantes :

Il importe de ne pas chercher à remporter immédiatement la bataille, mais de mesurer sagement sa force et ses possibilités de succès. Car il est impossible de passer de l’impulsivité à la détermination réelle sans faire preuve de sagesse. Or il s’agit d’agir de façon réellement résolue.

Mais la résolution est inséparable de la prévoyance. Aussi, se préparer au danger permettra de pouvoir demeurer dans les difficultés comme s’il n’y en avait pas. Et il s’agit pour cela d’apprendre à modérer sa force, à être vigilant et retenu, afin de ne ni se laisser soumettre, ni se laisser emporter.

Ne pas se laisser emporter, demeurer fidèle à soi-même c’est ne jamais céder intérieurement. A cet effet, il est inutile de montrer un visage agressif, inflexible. Il est plutôt conseillé de rester ferme intérieurement en montrant un visage détendu. S’appuyer sur le réel pour quitter l’illusoire.

Vouloir forcer une situation engendre le conflit intérieur. Et ce conflit excite le mental, les émotions et le désir. Il faut alors faire une pause pour ne pas s’éloigner de son assise et de son centre. Ce qui ne veut pas dire s’arrêter, mais repousser avec douceur ce qui doit l’être, sans rien forcer de l’intérieur.

D’un côté les habitudes ne s’éliminent pas aisément. De l’autre l’esprit d’éveil et le mental sont proches. Aussi convient-il d’agir avec modération et justesse, au bon endroit, au bon moment. Et d’un geste intérieur clair, ni brutal ni hésitant, entre tension et relâchement, l’emporter sur le désir.

Lorsque l’esprit finit par se clarifier, le danger se présente de relâcher son effort. Mais pour modéré qu’il soit, le travail à accomplir est en même temps radical : ce qui doit être éradiqué doit l’être complètement. Aussi, toute communication avec l’ancienne manière d’être doit finalement cesser.

 

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