Dans le Yi-King, le chaudron est le symbole de la transformation qui fonde la relation de soi à Soi. Il représente la possibilité d’un vrai saut qualitatif dans notre manière d’être en relation au réel et la possibilité d’accéder à une vie totalement épanouie. Le moment de cette transformation est un moment de très grande inspiration.

On ne devient Soi qu’en s’oubliant… S’oublier, ici, c’est ne plus se laisser attirer par les promesses du monde et pourtant entrer chaque jour d’avantage dans l’humilité de se reconnaitre non existant par soi seul, mais dans la relation éclairante à tout ce qui est.

Au cœur de cette transformation, il y a une réelle résolution à changer de plan d’existence. C’est le lieu du passage, de l’achèvement d’une première manière d’être et de la fondation d’une seconde. Travailler la transformation que le chaudron représente, c’est pratiquer ensemble le lâcher prise et l’engagement.

Cette transformation s’atteint par la stabilisation et l’ajustement de sa position. Il s’agit de trouver la position juste ou la vie atteint son point d’équilibre.

La transformation s’opère à travers les règles suivantes :

Adhérer à ce qui est ne veut pas dire rester immobile. Il arrive que les choses soient devenues un frein à un plus profond accomplissement. La transformation s’opère à partir de la matière du passé, mais il convient initialement de nous débarrasser des éléments du passé qui l’empêchent d’advenir.

Mesurer l’importance respective de nos besoins, être satisfait de ce que nous avons et ne pas nous fonder sur les richesses extérieures. Entrer en lien avec l’invisible suppose d’éloigner toute agitation. Il s’agit de nous fonder sur notre richesse intérieure pour ne plus être le jouet de nos désirs.

Une belle philosophie peut paraître attrayante et convaincante, mais si nous ne la vivons pas, elle ne nous a pas rejoints. Et la vivre est d’abord une question d’ordre pratique. Ici, il s’agit avant tout de mettre de l’ordre dans notre vie, la réorganiser en profondeur et vers la profondeur.

Dans notre enthousiasme, nous pourrions avoir du mal à contenir notre force, vouloir dépasser nos limites, atteindre la plus haute place … Mais il nous faut toujours en revenir aux bases : c’est la transformation qui repoussera nos limites. Et tout excès de force l’empêchera d’avoir lieu.

Disponibilité et persévérance finissent par rendre possible l’élaboration du lien entre soi et Soi qui se noue dans un équilibre entre force et souplesse. La transformation peut alors avoir lieu. Le Soi rendu accessible reste à distance. Et se rendre vide de soi permet d’agir en accord avec Soi.

Libres de tout projet et sans attente, nous sommes alors rendu à notre spontanéité. Et dans cette spontanéité ce qui s’éveille nous dépasse : la transmutation s’achève dans sa propagation à l’infini. Elle est l’accomplissement de l’union de la douceur et de la pureté.

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