Le rêve dans la Bible hébraïque

Dans la Bible non seulement l’inspiration divine est à l’origine des rêves, mais elle est aussi à l’origine de la juste lecture des rêves. Que l’on pense par exemple au rêve de l’échelle de Jacob à Bethel (Genèse 28, 11-22), aux rêves de Joseph (le rêve des gerbes de blé en Genèse 37, 2-8 et celui des onze étoiles en Genèse 37, 9-11), à l’épisode des rêves de Pharaon (en Genèse 41, 1-57) ou encore au rêve du roi Nabuchodonosor que le prophète Daniel reçoit lui-même en rêve avant de l’interpréter.

Les rêves de Jacob, Joseph et Daniel sont divinement inspirés mais en plus Jacob, Joseph et Daniel se révèlent être d’excellents interprètes de rêves, que ce soit de leurs propres rêves ou de ceux des autres. La place de l’interprétation des rêves se révèle importante dans la Bible. Cette importance se retrouve dans d’autres éléments de la tradition judaïque.

Le rêve dans le Midrash

Le mot Midrash désigne à la fois une méthode d’exégèse herméneutique (art d’interpréter) et une compilation de commentaires religieux sur la Bible hébraïque. Pour le Midrash, si un passage paraît incompréhensible, ce n’est pas du côté du miracle qu’il s’agit de rechercher une explication, mais plutôt du côté d’une lacune signifiante du texte biblique.

On trouve par exemple dans le Midrash un important commentaire de l’épisode du rêve de Pharaon sur les sept génisses et les sept épis (Gn 41,26-27) interprété par Joseph. Que Joseph soit choisi par Pharaon pour interpréter son rêve est déjà du domaine de l’improbable (Joseph est un esclave), mais qu’en plus celui-ci le lui interprète de façon juste avec les conséquences que l’on connaît semble miraculeux. Mais pour le Midrash il y a forcément une lacune dans le texte, et dans ce cas, la lacune serait que Pharaon reconnaît dans l’interprétation de Joseph sa propre interprétation oubliée.

En d’autres termes, ce que dit le Midrash bien avant Freud, c’est que l’interprétation rend accessible au rêveur un savoir inconscient…

Le rêve dans le Talmud

Le Talmud (de l’hébreu « talmoud » – « étude ») est un texte représentant le versant oral de la Bible hébraïque et donnant lieu à une étude-interprétation infinie du texte biblique. Les maîtres talmudistes se sont eux aussi intéressés aux rêves et on trouve dans le Talmud diverses théories les concernant, plus particulièrement dans le traité Berakhot.

On y trouve l’indication qu’« un rêve qu’on n’interprète pas est comme une lettre non lue. » (Berakhot, 55a). Les catégories de rêves susceptibles de se réaliser serait « ceux du matin, ceux que d’autres ont fait à notre sujet et ceux qui livrent aussi la clé permettant de les interpréter correctement. » (Berakhot, 55b). Concernant l’interprétation, le texte précise que « Tout rêve va d’après la bouche (l’interprétation) »  (Berakhot, 55b). Autrement dit, l’interprétation d’un rêve est aussi importante que le rêve lui-même. D’où l’importance de trouver un bon interprète de rêves.

Le rêve est mis en relation avec la prophétie (« le rêve est un soixantième de prophétie » – Berakhot, 57b). Or une prophétie peut avoir trait au passé, au présent ou à l’avenir et permet de dire le vrai d’une situation ou d’une personne. Cela veut dire que dans Talmud déjà, on sait que le rêve donne accès à la vérité de celui qu’il traverse et qu’il entretient avec le temps une relation non ordinaire. Le Talmud indique aussi que l’interprétation d’un rêve peut passer par deux voies de compréhension, l’une en rapport avec l’objet rêvé, et l’autre en rapport avec la conscience morale du rêveur. Autrement dit, et comme Jung le dira plus tard, l’interprétation d’un rêve peut se faire sur le plan de l’objet ou sur le plan du sujet.

Le rêve dans le Kabbale

On trouve aussi de nombreuses indications concernant les rêves dans le Zohar (ou Sefer Ha Zohar – Livre de la Splendeur), un des ouvrages majeurs de la Kabbale juive, qui est une exégèse ésotérique et mystique de la Torah (composée de la Genèse, de l’Exode, du Lévitique, du livre des Nombres et du Deutéronome).

Le Zohar dit par exemple que « certains rêves sont vrais et d’autres sont des mensonges ». (Zohar I, 150b). Le message des rêves n’est pas obligatoirement pur, soit parce que des éléments perturbateurs peuvent s’y trouver ou encore parce qu’ils ne proviennent pas tous de source divine. Autrement dit, nous aurions tort d’après le Zohar de nous servir de tous les rêves qui nous traversent, ce qui n’est peut-être pas assez pris en considération par les analystes aujourd’hui…

Le Zohar propose alors certains moyens pour changer la qualité de nos rêves, mais aussi pour les « contrôler ». Un de ses moyens est la relecture de journée. Il s’agit de faire repasser dans notre esprit les événements de la journée en notant les questions que cette revue peut faire monter en nous avant de les poser au moment de nous endormir.

Il est vrai que par ailleurs, selon le Zohar, « rien ne se matérialise dans le monde qui n’ait été d’abord révélé à une personne dans un rêve » (Zohar I, 183b) et qu’un rêve « se réalisera même si l’on n’en est pas conscient » (Zohar I, 199b). C’est-à-dire qu’on ne peut pas ne pas réaliser ses rêves, alors autant faire en sorte de désirer ceux qui nous traversent…

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