Par Maître des Cassoni Campana (clg-pmf.scola.ac-paris.fr) [Public domain], via Wikimedia Commons »– Voir sur Wikimedia –

A Athènes, Egée vit avec Médée. Médée est d’une beauté absolue, mais c’est aussi la nièce de Circé, et elle a tué ses propres enfants et son propre frère… bref, c’est une dangereuse sorcière ! Egée n’a pas d’héritier légitime et il doit faire face à l’avidité des cinquante fils de Pallas qui veulent s’emparer du trône. Mais Médée lui donne un fils, Médos, pour qui elle nourrit un destin royal.

Egée est associé par le mythe à une anima meurtrière et dangereuse sous les traits de Médée.

En route vers Athènes, Thésée est en fait en route vers lui-même. Sur cette route, il y a la relation au principe paternel discriminateur et différenciateur, et à son héritage, fait de lumière et d’ombre. Et cette relation semble susciter des jalousies…

Médée apprenant l’arrivée de Thésée sait immédiatement qu’il est le fils d’Egée… et voit le trône s’envoler. Elle dit alors à Egée que le jeune homme qui vient d’arriver est un espion, allié des fils de Pallas, et elle lui donne une coupe empoisonnée pour qu’il s’en débarrasse. Mais au moment où Thésée va porter la coupe à ses lèvres, Egée voit l’épée qu’il a laissée pour son fils sous un rocher et regardant les pieds du jeune homme, il reconnaît ses sandales… Il renverse alors la coupe et accueille Thésée comme son fils.

Bien que le mythe semble ne pointer que vers les agissements de Médée, il est possible de voir plusieurs jalousies à l’œuvre dans cet épisode.

D’une part, il peut y avoir la jalousie du pouvoir en place (ici Egée) à laisser Thésée aller vers son destin et à se différencier, le dépasser, se passer de lui. D’autre part Egée peut être vu comme le père associé à une anima négative signifiée par Médée, et qui ne permet pas la séparation du maternel. Médée représente alors un dangereux aspect de régression dans l’inconscient (succomber à la nostalgie du maternel) qui empoisonne les forces vives qui se mettent en place.

Le chemin de Thésée n’est pas de tout repos. Mais son ennemi principal n’est pas extérieur. Il semble qu’il soit intérieur, dissimulé, comme dans l’ombre. En effet, juste après que son père l’ait reconnu, une autre épreuve l’attend…

En Crète, Minos demande à Poséidon de lui offrir un animal qu’il lui sacrifierait en retour s’il accède à sa demande. Poséidon fait alors sortir de la mer un magnifique taureau blanc. Et grâce à ce miracle qui montre qu’il a l’appui des dieux, Minos devient roi. Mais il trouve le taureau si beau qu’il décide de tromper Poséidon en épargnant le taureau et en lui sacrifiant une autre bête.

En représailles, Poséidon inspire alors à Pasiphaé, l’épouse du roi Minos, une passion irrépressible pour le taureau, avec qui elle s’unit aidée par Dédale. De leur union naît le Minotaure, un monstre fabuleux au corps d’homme et à la tête de taureau. Minos confie ensuite à ce même Dédale la construction d’un labyrinthe dans lequel il fait enfermer le Minotaure.

Ici, le mythe nous dit que lorsque quelqu’un détourne pour son propre compte ce qui appartient au divin, cela donne naissance à une monstruosité.

Le Minotaure représente la complexité de notre nature, à la fois animale, humaine et divine. Il symbolise la possible coïncidence des opposés de la créature et de l’humain, du spirituel et de l’instinct. Mais il la symbolise sous une forme monstrueuse qui résulte du désir de dérober ce qui n’appartient qu’au divin en nous.

Nous avons tous un Minotaure dans le labyrinthe de l’âme et tant que nous ne lui faisons pas face, il dévore notre humanité et le sens de notre vie.

Il est dit que Thésée ramènera le taureau blanc à Athènes avant de le sacrifier à Apollon. Il apprendra alors l’histoire de la mort d’Androgée, le fils de Minos (tué sur l’ordre du roi Egée ou par le taureau blanc selon les versions) et l’existence du tribut que Minos avait imposé en représailles.

Qui qu’il en soit, Minos, par vengeance, oblige que tous les ans, sept jeunes garçons et sept jeunes filles soient livrés au Minotaure. Et aucun ne pouvait jamais triompher du monstre ou ressortir du labyrinthe : tous périssaient soit de faim, égarés dans l’enchevêtrement des couloirs, soit dévorés par le Minotaure.

A cette époque existait en Crète une sorte de danse durant laquelle les participants devaient saisir les cornes d’un taureau avant de se retrouver sur son dos en effectuant un saut périlleux. Mais le taureau renvoie aussi au Mithraïsme ou encore au culte de Dionysos, souvent représenté avec une tête de taureau.

D’un côté, le taureau peut être vu comme une énergie qui veut s’emparer du divin et est destructive pour l’ego et la conscience qui s’identifie à elle. Elle doit donc être domptée, sous peine de tuer impitoyablement les forces qui s’en approchent.

De l’autre, le labyrinthe est un symbole archétypal de la psyché et du processus d’individuation où il est possible de se perdre en se cherchant. Car si l’objectif du processus est dans un premier temps d’atteindre le centre par le sacrifice de soi, il faut ensuite pouvoir sortir du labyrinthe et revenir vers le monde extérieur pour y ramener la transformation qui en résulte. C’est-à-dire qu’il ne faut pas nous laisser égarer par la fascination du centre.

Thésée arrive alors sur la scène et s’offre lui-même parmi les jeunes gens destinés au sacrifice, avec l’intention de tuer le Minotaure…

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