Sans cesse j’écarte les hautes herbes.
Les eaux montent, les montagnes s’éloignent,
les chemins paraissent sans fin.
Sans force, épuisé,
je ne sais plus où chercher,
Je n’entends que le chant lancinant des cigales dans les érables.

 

 

Sans cesse j’écarte les hautes herbes.

Pour nous réaliser nous sommes la plupart du temps à la recherche de quelque chose : bien-être, bonheur, amour, réussite, confort matériel, regard de l’autre, reconnaissance, emploi, abri, nourriture… la liste est sans fin. Et en général nous recherchons toujours à l’extérieur de nous-mêmes.

Mais à la racine de ces recherches, qu’elle soit ou non perçue, se trouve la question plus essentielle de ce qui nous fonde. Pourquoi suis-je-la ? Que suis-je ? Qui suis-je ? Qu’est-ce qui me fonde ? Y a-t-il un fondement au fait d’être ? …

La première chose à faire est de clarifier notre désir de réalisation. Il ne sert à rien de chercher à nous éveiller à notre nature essentielle ailleurs qu’en nous-mêmes, mais néanmoins c’est ce que nous faisons sans cesse. Et lui tournant le dos, nous la perdons de vue et la cherchons partout ailleurs.

Nous écartons inlassablement les hautes herbes de ce qui nous cache le chemin du retour. Une conversation privée sur notre passé, notre futur, les autres et nous-mêmes, nous préoccupe sans cesse et nous fait manquer l’instant présent de notre vie. Nous sommes séparés de nous et nous pensons que le Soi est ailleurs.

Les eaux montent, les montagnes s’éloignent, les chemins paraissent sans fin.

Des processus inconscients nous débordent, la guérison de l’oubli de l’essentiel semble une montagne toujours plus lointaine. Jour après jour nous cherchons et nous nous heurtons au mur de notre conscience toujours à l’affut. Peut-on réellement résoudre notre question fondamentale de cette façon ?

Et plus nous cherchons, plus le nombre des chemins possibles augmente. Sans savoir nous arrêter, bientôt nous ne savons même plus d’où nous venons. Nous ne connaissons plus le chemin du retour et de plus en plus éloignés de nous-mêmes nous errons sans direction précise, prêt à tout interroger.

Sans force, épuisé, je ne sais plus où chercher,

A force de chercher à l’extérieur nous nous sommes totalement perdu de vue. L’évidence se fait jour « Je ne sais plus quoi faire ! ». Nos illusions tombent comme des masques révélant le vide de notre personnage en recherche.

L’évidence que rien ne suffit jamais est perçue. C’est le moment le plus important ou la question désespérée « Que dois-je faire ? » apparaît. Tant que je n’ai pas reconnu que je suis perdu et que je ne sais quoi faire … je ne l’ai pas encore atteinte. Qui peut prétendre l’atteindre par son seul vouloir ?

Le chemin essentiel commence à l’endroit précis ou le doute radical apparaît. Il n’y a qu’une fois ce doute atteint qu’il pourra être tranché. Ne pas atteindre ce moment, c’est ne pas atteindre notre vie. La pratique de soi est un authentique examen de soi, c’est-à-dire dans le même temps un oubli de soi, car il n’y a que lorsque je ne sais plus, qu’alors je peux savoir.

Ce moment est le lieu ou la vie prend place. Nous n’en sommes qu’approximativement conscient. Nous écoutons, mais n’entendons pas, nous regardons, mais ne voyons pas, nous ne cessons pas de penser mais notre pensée ne prend pas corps.

Je n’entends que le chant lancinant des cigales dans les érables.

Tant que la pensée « Je ne sais plus quoi faire ! » n’aura pas été « assez » expérimentée, tant que la question désespérée « Que faire ? » ne nous aura pas assez travaillé, nous ne pourrons pas trouver notre vrai Soi. Comme le chant lancinant des cigales toutes les autres pensées nous éloigneront de plus en plus de nous-mêmes, jugeant sans cesse du bon et du mauvais, du bien et du mal.

Nous chercherons mais ne trouverons pas, car nous chercherons quelque chose à atteindre. Or répondre à l’attraction numineuse du Soi ce n’est pas rechercher une destination, mais entrer dans une ronde, un processus, une voie.

.

Le taureau n’a jamais été perdu,
alors pourquoi le chercher ?
Depuis qu’il a tourné le dos à sa véritable nature,
aveuglé, son gardien l’a perdue de vue.
Il a laissé sa vraie demeure loin derrière lui, et se perd peu à peu
à la croisée des chemins.
Les pensées de perte et de gain le consument,
des idées de bien et le mal le divise.
Il cherche une destination, entrera-t-il dans la ronde ?

Partager