Repos et troubles proviennent de nos illusions, de nos rêves. Dans l’éveil il n’y a plus rien à quoi s’attacher, plus rien à rejeter.

Nous tenons à la quiétude, mais nous ne voyons pas que nos troubles dérivent essentiellement de nos attachements. De sorte que chercher à quitter le bruit du monde pour trouver la tranquillité est le plus souvent une illusion, car nos attachements ont le don de nous suivre où que nous allions.

Nous n’aimons en général que ce qui valide nos rêves, et détestons ce qui nous empêche de continuer à rêver. Mais atteindre la paix intérieure nécessite de nous éveiller des l’illusion que nous entretenons sur nous-mêmes, en renonçant à nos saisies, à nos rejets et à nos fuites.

Toutes les dualités proviennent de fausses discriminations et ne sont que comme des rêves ou des fleurs dans le ciel: pourquoi chercher à s’en saisir ?

La teneur de notre relation aux choses provient de la valeur que nous leur assignons, valeur qui est essentiellement une projection de nos conditionnements. De sorte que la saisie des choses à travers nos rejets et nos attachements revient juste à nous enfermer dans nos propres projections.

Voir les choses de façon transparente implique le retrait de ces projections. Ce qui permet de les voir sans rien leur ajouter, sans rien leur ôter, et sans les figer dans une permanence illusoire.

Les idées de gain et perte, vrai et faux, bien et mal… doivent finalement être supprimées

Penser en termes d’oppositions nous identifie à des limitations internes favorisées par la structure duelle du langage et que nous projetons faute de les avoir identifiées. Elles agissent en nous à la façon des pierres jetées à la surface d’une eau calme et qui en brouillent la transparence.

Dès que nous le voyons, il devient possible d’apprendre à ne plus utiliser notre manière de considérer les choses comme seul cadre de référence, à commencer par notre manière d’en parler.

Si l’œil ne dort jamais, tous les rêves cesseront naturellement. Si l’esprit ne fait aucune discrimination, les dix mille choses sont comme elles sont, d’une essence unique. Comprendre le mystère de cette essence c’est être libéré de tous les enchevêtrements.

Rêver, c’est se laisser emporter par la dispersion des pensées. L’œil qui ne dort jamais, c’est une attention continue qui se rejoint à la racine immobile de la conscience. Il est possible de se situer de façon de plus en plus continue à cet endroit.

Un passage peut alors se produire qui nous y établi en position de témoin. C’est à la fois une joie et une surprise, car nous nous sentons revenu… chez nous ; c’est-à-dire à un endroit que nous ne pouvons pas quitter. Par ailleurs, toute chose reste ce qu’elle est, mais rien de plus, et le champ de l’expérience devient celui d’une unité, sans fusion ni séparation. Plus aucun attachement n’encombre l’esprit, pour peu toutefois que soit lâchée la perception de l’un….

Quand toutes les choses sont perçues identiquement, elles reviennent à leur nature originelle. Aucune comparaison ou analogie n’est plus possible dans cet état.

Percevoir les choses identiquement, c’est les percevoir telles qu’elles sont, dans leur unité. Cette perception n’est pas susceptible d’appropriation. S’il y a bien un avant son atteinte, l’expérimenter c’est voir qu’elle est toujours présente. On ne peut donc pas dire qu’elle ait une cause. Et ne pouvant être causée, personne ne peut y introduire.

Dans le monde hors du monde, sans cause… l’atteinte du réel est paradoxale. Si l’injonction paradoxale peut rendre fou, étranger à soi-même, l’atteinte paradoxale du réel guérit de la folie entraînant les plus profondes douleurs : le rêve d’un moi-ego séparé, existant de par lui-même.

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