La Voie est parfaite comme l’espace : rien n’y manque et rien n’y est superflu

Toujours, quelque chose semble nous manquer. Alors nous accumulons des idées, des connaissances, des pratiques… qui semblent pouvoir nous combler, et nous nous créons ainsi une demeure où nous manquons de place, d’espace. L’espace, lui, accueille tout et ne rejette rien, et parce qu’il est sans demeure, il est chez lui partout. Or fondamentalement l’esprit est la Voie. Aussi, rejoindre la Voie c’est apprendre à être sans demeure, comme l’espace, en lâchant nos savoirs (pré)fabriqués sur le monde et sur nous-mêmes.

C’est parce que nous choisissons d’accepter ou de refuser que nous ne voyons pas la vraie nature des choses

Notre habitude de choisir faite de rejet et d’agrippement nous empêche de voir simplement les choses telles qu’elles se déploient. Dans l’espace les choses se déploient naturellement et librement. Là aussi, ce qui est vrai de l’espace peut être vrai de notre esprit si, devenant comme l’espace, nous n’agrippons ni ne rejetons plus les états d’esprit qui peuvent s’y manifester. Plutôt que de nous y identifier et les prendre pour notre « moi », nous pouvons juste observer leurs allers et venues.

Ne recherchez pas le monde extérieur, ne vous retranchez pas dans le sentiment intérieur de vacuité

La satisfaction de nos désirs est toujours de courte durée car ils sont le reflet d’un désir infini d’être. Rien de limité ne peut satisfaire un désir illimité, or le monde est limité. La recherche des plaisirs du monde ne peut en conséquence jamais nous permettre de nous réaliser véritablement. Mais fuir le monde en nous retranchant dans le silence intérieur ne nous permet pas non plus de réaliser notre véritable nature. Le vrai silence n’est pas une fuite du monde, mais l’espace conscient où les pensées et les sentiments passent sans laisser de trace.

Restez serein dans l’unité des choses et toutes les vues erronées s’évanouiront d’elles-mêmes

Nous sommes divisés par une tendance à la discrimination avec laquelle nous cherchons à posséder la vérité du monde et de nous-mêmes. Même rechercher la sérénité d’esprit opère une division entre ce que nous vivons et ce que nous désirons vivre. Il ne s’agit pas de chercher la sérénité, il s’agit de la pratiquer : elle est la condition naturelle de l’esprit. La déconstruction de toutes nos vues basées sur l’attraction et le rejet peut nous permettre de la retrouver. La pratiquer alors, c’est ôter à toutes les vues erronées l’énergie nécessaire pour être réifiées.

Lorsque vous essayez de stopper vos activités pour réaliser la passivité, vos efforts vous emplissent d’activité

La sérénité est la condition naturelle de l’esprit, elle peut donc aussi être rejointe par le non-agir. Le non-agir n’est pas un effort pour modifier quelque chose. Il comporte l’idée d’une forme de passivité. Or tout effort fait pour obtenir la passivité l’éloigne. L’effort juste, ici, consisterait plutôt à abandonner tout effort. Par le non-agir, rien de ce qui est fait ne s’oppose au flux de ce qui est. Mais le non-agir n’est pas à voir comme une façon de ne rien faire. C’est plutôt une façon habile d’agir tout en laissant les choses se déployer librement.

Tant que vous restez dans l’une ou l’autre extrême, vous ne connaissez pas l’unité des choses

Toute forme de contrôle est un obstacle à vivre l’unité des choses, car chercher à atteindre, obtenir ou contrôler quelque chose, c’est implicitement en être séparé. Notre habitude de rejeter ou de retenir est un entraînement constant à ne voir que l’opposition entre les choses. Pour nous installer sereinement dans le déploiement des choses il nous faut connaître l’unité où les extrêmes sont inclus dans une vision non-duelle du monde et de nous-mêmes.

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