Nous déployons trop d’efforts pour retourner à la Source,
A l’intime de Soi, sans rien chercher à voir ni à entendre,
Le bouvier, à l’intérieur de l’ermitage, ne voit pas ce qui lui fait face.
L’eau coule sans pourquoi et les fleurs sont naturellement rouges.

 

 

Dans le neuvième tableau un paysage naturel apparaît. Tout était oublié, tout renaît, comme une fleur du vide… en même temps. C’est-à-dire que nous nous éveillons dans la non-dualité. Nous ne sommes pas « autre » que ce qui renaît. Nous ne sommes plus divisés de nous-mêmes, ni de ce qui nous entoure. Nous sommes l’intérieur et l’extérieur. Tout est un, complet et rien ne manque. Il n’y a jamais rien eu, il n’y a rien et il n’y aura jamais rien qui puisse ne pas être totalement ce qu’il est. Comment est-il possible que nous ayons pu l’oublier ?

Le retour à la source est le moment ou nous réalisons que tout était parfait dès le départ. Les choses sont ce qu’elles sont, et elles l’ont toujours été. Rien de vraiment spécial ! C’est à se demander si tout ce voyage était nécessaire pour en arriver là … au point de départ.

Le voyage de l’individuation et de l’Eveil nous emmène loin, il nous emmène chez nous, c’est-à-dire on ne peut plus près de nous, comme de toutes choses. Nous sommes toujours nous-mêmes, mais en vérité. La vérité en grec se dit « alétéhia » c’est-à-dire hors de la « léthé », hors de la léthargie, de l’endormissement, de l’oubli. Aléthéia c’est aussi la réalité. L’éveil de Soi conduit à la vérité, à la réalité des choses et de l’être. Maintenant les choses sont réellement ce qu’elles sont, nous… aussi.

Nous déployons trop d’efforts pour retourner à la Source

De retour à la Source, nous voyons qu’il y avait juste à rester immobile. Il nous a fallu beaucoup d’efforts pour en arriver la, et pourtant nous voyons clairement que nous y étions dès le départ. Dès le départ le point d’arrivé était la. Nous croire divisés de nous-mêmes était une illusion. Mais cela n’est visible qu’une fois le chemin accompli. Et une fois le chemin accompli, nous voyons que nous n’avons jamais rien accompli, c’est la Nature en nous qui a tout accompli, et qui s’accomplit.

A l’intime de Soi, sans rien chercher à voir ni à entendre

A l’intime de Soi, il n’y a plus rien à chercher, à voir ou a entendre à l’extérieur, parce que précisément, il n’y a plus d’extérieur, il n’y a plus que vision et écoute, nous sommes la vision, nous sommes l’écoute. Le sujet qui voit ou qui entend n’existe pas. Ce qui est vue où entendu n’est plus objet de vision ou d’écoute. Tout le processus est celui de la Nature elle-même, aussi savons nous réellement ce qu’est une montagne, ce qu’est une rivière. Et pour cause, c’est nous !

Le bouvier, à l’intérieur de l’ermitage, ne voit pas ce qui lui fait face

Le bouvier ne voit rien en face de l’ermitage parce qu’il n’est plus un sujet, le bouvier, qui voit un objet, les choses qui lui font face. Il n’y a donc rien en face de l’ermitage. Il n’y pas de « en face de l’ermitage ». Il n’y a personne à l’intérieur de l’ermitage. Il n’y a pas de « à l’intérieur de l’ermitage ». Il n’y a plus d’objet, il n’y a plus de sujet. Il y a juste la Nature qui s’exprime.

L’eau coule d’elle-même sans pourquoi et les fleurs sont naturellement rouges

Ce qui est, est, continûment, sans fin. Une montagne est juste une montagne, une rivière est juste une rivière. L’eau coule et les fleurs sont rouges. Notre agir s’accorde naturellement aux circonstances comme nous nous accordons avec nous-mêmes. Toutes nos activités sont une réponse de la Nature à elle-même, et non une réaction à ce qui est.

N’étant plus séparés de la nature et de ce qui est, nous avons maintenant la responsabilité d’en prendre soin. Prendre soin de la nature, prendre soin de ce qui est, c’est toujours prendre soin de Soi. Mais nous n’avons rien à faire pour cela. Du reste, plus personne n’est la pour le faire. Les textes alchimiques disent que la Pierre des Sages, la Pierre Philosophale se propage et se multiplie d’elle-même. Cela se multiplie de Soi. Reste à retourner dans le monde.

Tout est pur depuis l’origine,
Il observe la croissance et le déclin des formes sans agir.
Nul besoin d’efforts ou de planification
L’eau est bleu et les montagnes sont vertes;
Assis silencieusement, il regarde la transformation de toutes choses.

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