Juché sur le taureau, l’enfant est de retour chez lui dans les montagnes.
Le taureau oublié, l’enfant reste seul sans rien faire.
Bien que le soleil du matin soit déjà haut, il rêve encore.
La corde et le fouet sont devenus inutiles.

 

 

Juché sur le taureau, l’enfant est de retour chez lui dans les montagnes.

Le premier verset du sixième stade disait « Sur le dos du taureau, je désire rentrer chez moi ». Mais qu’est-ce que « rentrer chez soi » ? Le moi-égo est le reflet de Soi sur l’écran du mental et le mouvement de fermeture par lequel cette image est prise pour ce qu’elle reflète. C’est un mouvement d’oubli de Soi… reflet du mouvement d’éveil à Soi. Rentrer chez soi, c’est s’oublier soi-même… dans le bon sens.

Au septième stade l’image ne se prend plus pour sa source. Et alors que nous cherchions le vrai Soi, le « moi » qui cherchait a disparu. La disparition du « moi » qui cherche permet de ne plus être séparé de Soi. Devenir soi-même, c’est devenir le Soi même. A ce stade, le Soi n’est donc plus un objet de conscience mais la réalité de qui nous sommes. Nous sommes de retour chez nous.

Le taureau oublié, l’enfant reste seul sans rien faire.

L’échange accompli, le taureau et l’enfant sont un. L’enfant est maintenant chez lui, dans sa solitude, ses montagnes. Etre Un c’est être « non-deux », non divisé, mais c’est aussi être seul. Assis, il se sent lui-même sans se posséder, et s’abandonnant au bonheur de la contemplation de ce qui est, il ne pense plus à chercher autre chose.

Le retour chez soi est la sortie de l’illusion. Rien n’est en trop, rien ne manque. Il n’y a rien à faire. Nous donnons nous le droit de ne « rien » faire ? Etre Soi n’est pas de l’ordre du faire. Lorsque l’on ne fait plus qu’un avec l’eau, est-il encore besoin de nager ?

Sous le soleil du matin déjà haut, il rêve encore.

Le lever de l’aurore a eu lieu, l’or de la conscience s’est extrait de sa gangue et est déjà haut dans le ciel. L’enfant illuminé par le soleil a une claire vision de ce qui est. Au contact du réel, il a abandonné toute idée de réalisation. Son but… d’avoir un but a disparu. Peut-être rêve t-il d’en rester la ?

Le piège de ce stade est de désirer rester centré sur l’absolu dans la solitude de nos montagnes et de ne plus entendre les sons qui montent de la vallée. Or si s’apprendre soi-même, c’est s’oublier soi-même, s’oublier soi-même c’est s’ouvrir à toutes choses… Etre Un c’est être seul, mais dans une solitude ouverte. Il s’agit de revenir.

La corde et le fouet sont devenus inutiles.

Toutefois, tous les outils utilisés jusque la sont devenus inutiles. Nous n’avons plus à lutter avec nos instincts, nos passions, nos désirs. Cela ne veut pas dire qu’ils ont disparu, mais que nous ne cherchons plus à échapper à qui nous sommes, ni à devenir quelqu’un d’autre. Toute technique est devenue inutile. Une fois le fleuve traversé, il ne sert à rien de porter la barque sur sa tête.

Nous n’avons plus à craindre de relâcher notre effort… puisqu’il n’y a plus rien à faire. Il reste juste cette conscience de soi qui n’a plus besoin de dompter le taureau… qui a tendance à nous éloigner du relatif pour nous fondre dans l’absolu.

Il n’y a qu’une réalité dont le taureau est un symbole.
Une fois attrapé le lapin ou le poisson,
Le piège ou le filet est devenu inutile.
Comme l’or extrait de sa gangue,
Comme la lune qui se lève au-dessus des nuages.
La lumière d’avant la création brille, sereine et pénétrante.

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