Sur le dos du taureau, je désire rentrer chez moi.
Je joue de la flûte dans la lueur du soleil couchant.
Chaque mesure, chaque mélodie est faite de sons d’harmonie.
Les intimes du vrai se reconnaissent sans mot.

 

 

Au stade du retour chez Soi, l’effort d’apprivoisement a donné des résultats. Jusque la nos efforts étaient sinueux, faits d’aller et de retour entre des positions semblant contradictoires. Mais une fois vue la nature du Soi, nos efforts y trouvent leur centre. Aussi l’enfant ne peut plus être séduit par un côté plus qu’un autre. Il n’a plus besoin de prendre ni peur de lâcher. Et il ne peut plus être détourné de son chemin.

Sur le dos du taureau, je désire rentrer chez moi.

Apprivoiser la vraie nature du Soi c’est voir disparaître le mur d’illusions qui opposait le bien et le mal, le gain et la perte, l’éveil et le « non éveil ». Nous commençons à réaliser que nous ne sommes pas opposés au Soi mais qu’il demeure en nous. Aussi, juché sur le dos du taureau, l’enfant désire rentrer chez lui.

Il le désire mais… qui retrouve le chemin ? L’enfant ou le taureau ? N’est-ce pas plutôt le taureau ? La direction semble laissée au Soi. Mais puisque le taureau est toujours présent, il y a encore un « moi » qui regarde un « taureau ». L’échange de soi au Soi n’est pas encore aboutit.

Je joue de la flûte dans la lueur du soleil couchant .

L’enfant joue des morceaux enfantins qui lui rappellent son origine avec une pointe de désir. Une mélancolie teinte le son de sa flute. A ce stade, le fruit de notre pratique n’est pas totalement mûr et reste légèrement amer.

Pour une complète maturation, nous avons encore à expérimenter l’effacement complet de toutes notions d’identité séparée qui persiste. Comme le disait Lin-Tsi, « Si tu rencontre le Bouddha, tue le Bouddha ». Dompter le taureau n’est pas suffisant : la conscience même de l’union au Soi, en tant qu’illusion, doit disparaître.

Chaque mesure, chaque mélodie est faite de sons d’harmonie.

Chaque note et chaque mélodie de la flute renferme toutefois une saveur infinie parce que l’enfant est maintenant en harmonie avec lui-même et la profondeur de la nature. Dans chaque geste, à chaque pas, dans chaque regard, il rejoint le Soi, et cela s’entend. Il fait l’expérience directe des choses. L’unité des phénomènes et des évènements de sa vie lui apparaît.

Les intimes du vrai se reconnaissent sans mot.

Compréhension et actes se rejoignent au-delà des mots, des concepts et des idées. Il n’est pas toujours nécessaire que soit verbalisé « le dedans ». Le dedans peut être compris silencieusement.

Pourquoi s’accrocher au taureau ? Absolument tout ce qui nous met en condition d’accéder à la vision du réel peut ultimement nous le voiler. A la manière d’une main qui chercherait à se saisir d’elle-même ouverte… en se refermant !

Tout doit être lâché, continument, sans fin.

La bataille est finie, gain et perte sont également vides.
L’enfant chante des airs d’enfant.
À califourchon sur le dos du taureau, il regarde les nuages.
Il ne reviendra pas en arrière;
Inutile d’essayer de le retenir, il ne restera pas.

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