Le fouet et la corde sont nécessaires à tout moment.
Si vous le laissez suivre ses caprices, il pourrait s’écarter dans la poussière.
Si vous l’apprivoisez correctement, il sera pur et doux.
Sans bride ni chaînes, il vous suivra de lui-même.

 

 

Une fois le taureau saisi, il faut l’apprivoiser, c’est-à-dire faire notre ce qui a été réalisé. Après l’aperçu fugitif de la non-dualité nous avons fait face à la nature paradoxale du Soi dont l’attraction nous appel à devenir de plus en plus nous-mêmes en acceptant continument de nous perdre. Il s’agit donc d’adhérer au processus tout en lâchant l’illusion de le maîtriser.

Adhérer au processus à ce stade, c’est adhérer une vision non-duelle des choses. Or nous sommes constamment traversés de pensées auxquelles nous nous identifions sans même nous en apercevoir. Après l’aperçu fugitif de la non-dualité, nous risquons très fort de nous identifier avec la pensée qui consiste à nous croire vraiment spécial. Mais s’il y a un «Je » très spécial, alors tout le monde de l’objectivité qui lui est associé est présent… et nous sommes à nouveau dans le monde de la dualité sujet-objet.

Le fouet et la corde sont nécessaires à tout moment.

L’illusion d‘un « Je » séparé s’enveloppe d’une infinité de fils de pensées, d’activités, de manières d’être et de faire qu’il nous faut dénouer. Un effort continu est nécessaire pour contrôler autant que possible le taureau une foi qu’il est saisi. Il s’agit de nous entraîner à domestiquer notre esprit, de ne pas nous identifier à nos pensées, et d’entrer dans un travail de démantèlement des schémas de réactions et des conditionnements qui y sont associés.

Si vous le laissez suivre ses caprices, il pourrait s’écarter dans la poussière

L’habitude de tout conceptualiser est extrêmement difficile à lâcher. Or si nous laissons chaque pensée en suivre une autre, très rapidement le taureau entrera dans la poussière du monde de la discrimination. Et à ce stade, il fera ses délices intellectuels du monde de l’éveil. Ce n’est pas ce qui se passe qui trouble notre pensée, mais ce que nous en faisons. Et ce n’est pas notre pensée qui nous illusionne, mais la place depuis laquelle nous sommes en relation avec elle.

Si vous l’apprivoisez correctement, il sera pur et doux

Apprivoiser correctement le taureau c’est l’apprivoiser avec cœur. Cela se reconnait à ce que notre cœur s’adoucit et à la disparition de nos manières dures de parler. Du milieu de nos efforts une réelle compassion commence à irradier, qui n’est pas le fruit de nos efforts acharnés de vouloir bien faire, mais qui advient simplement d’elle-même une fois réalisée la non-dualité de toute chose, et donc paradoxalement de soi et du pourtant tout Autre.

Sans bride ni chaînes, il vous suivra de lui-même

Une fois le taureau vraiment dompté, il commence à nous suivre sans contrainte. Notre esprit se simplifie et cette simplicité d’esprit se manifeste peu à peu partout. Nous devenons totalement présent à ce que nous réalisons et commençons à nous réaliser comme présence.

Après nous être tenu en alerte, viendra le temps d’un lâcher prise. Et ou que nous allions le taureau suivra de lui-même. Sans doute pas toutefois parce que nous le voulons… mais parce que c’est le Soi qui nous entraîne dans cette direction… et que nous le suivons…

Les pensées succèdent aux pensées.
Depuis l’éveil, elles indiquent ce qui est vrai,
D’une autre place elles entrainent à l’illusion.
Nous ne sommes pas trompés par les choses, mais par notre esprit.
Il s’agit de tenir fermement le taureau, sans hésiter.

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