Rencontrer l’angoisse

7 03 2010

Ce matin, je me suis réveillé avec une impression désagréable. A y regarder de plus près, je me suis rendu compte que j’étais habité par une angoisse diffuse, sans visage. Alors je me suis à réfléchir.

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On distingue la peur de l’angoisse. L’angoisse est associée à une sensation interne de resserrement (le mot angoisse vient du latin angustia qui veut dire resserrement) et d’oppression (ventre noué, difficulté à respirer, gorge serrée…). L’angoisse à ceci de particulier qu’elle n’est pas reliée à une représentation mentale. A contrario, on a toujours peur de quelque chose, et souvent de quelque chose d’extérieur, mais pas toujours (on peut avoir peur de prendre l’avion, mais aussi avoir peur de devenir fou).

Un mécanisme de défense usuel contre l’angoisse est d’inventer une peur a laquelle elle sera associée. C’est rassurant parce que si je sais de quoi j’ai peur, alors je peux m’en défendre, voir l’attaquer. « Si je vais mal, c’est parce que …. » ou « c’est à cause de… ».

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La psychothérapie jungienne et l’art d’apprivoiser le taureau (5): Apprivoiser

31 12 2009

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Le fouet et la corde sont nécessaires à tout moment.
Si vous le laissez suivre ses caprices, il pourrait s’écarter dans la poussière.
Si vous l’apprivoisez correctement, il sera pur et doux.
Sans bride ni chaînes, il vous suivra de lui-même.

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Une fois le taureau saisi, il faut l’apprivoiser, c’est-à-dire faire notre ce qui a été réalisé. Après l’aperçu fugitif de la non-dualité nous avons fait face à la nature paradoxale du Soi dont l’attraction nous appel à devenir de plus en plus nous-mêmes en acceptant continument de nous perdre. Il s’agit donc d’adhérer au processus tout en lâchant l’illusion de le maîtriser.

Adhérer au processus à ce stade, c’est adhérer une vision non-duelle des choses. Or nous sommes constamment traversés de pensées auxquelles nous nous identifions sans même nous en apercevoir. Après l’aperçu fugitif de la non-dualité, nous risquons très fort de nous identifier avec la pensée qui consiste à nous croire vraiment spécial. Mais s’il y a un «Je » très spécial, alors tout le monde de l’objectivité qui lui est associé est présent… et nous sommes à nouveau dans le monde de la dualité sujet-objet.

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La psychothérapie jungienne et l’art d’apprivoiser le taureau (4): Saisir

1 11 2009

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Usant de toutes mes énergies, je mes suis finalement emparé du taureau.
Mais il est sauvage et fort. Difficile de le débarrasser de ses habitudes !
Parfois il parade au sommet de la plaine,
Parfois il se dresse dans la brume.

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Après la vision fugitive de l’étape précédente, nous faisons face à la nature paradoxale du Soi. Nous sommes aux prises avec une puissance que nous cherchons à apprivoiser, et pourtant, c’est le Soi en nous qui cherche continument à s’accomplir. Qui apprivoise qui ? Notre démarche ne nous appartient pas. C‘est son objet apparent pour nous, le Soi, qui en est le sujet. De sorte que la transformation en cours implique un échange qui nous décolle de nous. Nous sommes comme appelé à devenir de plus en plus nous-mêmes… en acceptant continument de nous perdre.

Comprendre que nous participons à cette transformation en miroir est ce qui nous permet de ne pas sombrer dans l’hybris que pourrait engendrer l’acte de chercher à apprivoiser le Soi. L’orgueil est en propre l’erreur qui consiste à « viser à côté de Soi », c’est-à-dire à ne pas prendre conscience que ce qui vise le Soi en nous, c’est le Soi, ce n’est pas nous. Et c’est prendre cet acte à notre propre compte au lieu de nous en laisser traverser tout en y adhérant. Non seulement il s’agit d’accepter de nous perdre, mais il s’agit de nous perdre dans notre agir même.

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La psychothérapie jungienne et l’art d’apprivoiser le taureau (1): Chercher

13 05 2009


Sans cesse j’écarte les hautes herbes.
Les eaux montent, les montagnes s’éloignent,
les chemins paraissent sans fin.
Sans force, épuisé,
je ne sais plus où chercher,
Je n’entends que le chant lancinant des cigales
dans les érables.

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Sans cesse j’écarte les hautes herbes.

Pour nous réaliser nous sommes la plupart du temps à la recherche de quelque chose : bien-être, bonheur, amour, réussite, confort matériel, regard de l’autre, reconnaissance, emploi, abri, nourriture… la liste est sans fin. Et en général nous recherchons toujours à l’extérieur de nous-mêmes.

Mais à la racine de ces recherches, qu’elle soit ou non perçue, se trouve la question plus essentielle de ce qui nous fonde. Pourquoi suis-je-la ? Que suis-je ? Qui suis-je ? Qu’est-ce qui me fonde ? Y a-t-il un fondement au fait d’être ? …

La première chose à faire est de clarifier notre désir de réalisation. Il ne sert à rien de chercher à nous éveiller à notre nature essentielle ailleurs qu’en nous-mêmes, mais néanmoins c’est ce que nous faisons sans cesse. Et lui tournant le dos, nous la perdons de vue et la cherchons partout ailleurs.

Nous écartons inlassablement les hautes herbes de ce qui nous cache le chemin du retour. Une conversation privée sur notre passé, notre futur, les autres et nous-mêmes, nous préoccupe sans cesse et nous fait manquer l’instant présent de notre vie. Nous sommes séparés de nous et nous pensons que le Soi est ailleurs.

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La psychothérapie jungienne et l’art d’apprivoiser le taureau

21 04 2009

Ce qui motive le plus souvent une demande de psychothérapie est le désir d’être libéré d’une souffrance, quelle qu’en soit l’origine. Et très souvent aussi cette libération arrive sans que l’on sache exactement ce qui l’a produite. Mais un temps plus ou moins long de relation thérapeutique aura été nécessaire, accompagnée de prises de conscience intégrées dans la vie quotidienne et autant que possible d’une vraie rencontre de soi.

Parallèlement, le bouddhisme Ch’an comporte deux thèmes centraux entrelacés, celui de la libération de la souffrance, et celui de la réalisation de sa propre nature, l’Eveil, réputé soudain ou progressif selon les écoles. La libération de la souffrance est l’habileté à exister comme expression de l’Eveil. Dans tous les cas on ne sait pas ce qui produit l’Eveil, et même l’Eveil soudain n’intervient qu’après une plus ou moins longue période d’étude et de pratique de la méditation. Enfin l’Eveil est un évènement ponctuel qui demande une pratique de son intégration dans la vie quotidienne.

Du côté de la thérapie comme du côté du Ch’an sont donc présents les thèmes de la libération de la souffrance, de la vraie rencontre de soi, de la non connaissance de ce qui produit l’effet recherché et de l’intégration dans la vie quotidienne. Ce parallèle permet de penser qu’il est possible de s’inspirer des étapes décrites vers l’Eveil pour réfléchir sur les étapes et la finalité d’une psychothérapie (nous nous limiterons ici aux théories de Carl Gustav Jung du côté « thérapie »).

Les étapes vers l’Eveil ont souvent été représentées comme le processus de domestication d’un animal sauvage. Ainsi en est-il des dix tableaux et poèmes de maître Kakuan, un maître Ch’an chinois du 12ème siècle, qui mettent en scène un enfant et un taureau. L’enfant représente l’homme à la recherche de la réalisation de sa propre nature et le taureau représente son vrai Soi. Les dix tableaux-poèmes illustrent les étapes de la réalisation de la vraie nature de l’homme.

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